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 auld lang syne.

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AuteurMessage
Poppy Bloom
— sunshine mixed with a hurricane.
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Messages : 314
Avatar, © : alicia vikander, hathaways, p.d.
Pseudo : ivy.
Age : twenty-seven y.o.
Job : linguistics PhD, specializing in scottish gaelic folklore.
Status : single & elusive. 'you pressed your lips against mine and drowned me with promises you didn't keep.'
Top wishes : cross everything off the list, figure things out, stop grieving.

MARK MY WORDS;
Mood: hunting happiness.
Relationships:
Availability: fr/en, (♟♟♙)

MessageSujet: auld lang syne.   Dim 18 Déc - 0:50


penelope 'poppy' bloom
i will tell you what she was like.
she was like a piano in a country
where everyone has had their hands cut off.

i | one thousand paper cranes
nom completpenelope peucag bloom. c'est beau, sur le papier, penelope. c'est trisyllabique, mythologique, royal. elle comprend ce choix, vraiment. elle l'apprécie. elle reproche simplement à ses parents le manque de vue à long terme causé par l'excitation de la naissance. peut-être qu'ils imaginaient que le diminutif favori serait 'penny'. sauf que, loi de murphy aidant, ça a été poppy. le coquelicot. elle a les épaules larges, poppy, elle a la détermination confiante. mais putain, même pour elle, 'poppy bloom', la double référence florale, c'est un peu beaucoup. âge, date et lieu de naissance ▪ née un treize août à fortingall, poppy a désormais vingt-sept ans. le grand two seven, romantique et maudit. à vingt-sept ans, james dean était mort et légendaire. à vingt-sept ans, janis joplin avait changé le monde. à vingt-sept ans, poppy, elle a toujours besoin d'aide pour ouvrir son bocal de sauce tomate. sauf que, depuis la mort de son père, depuis que sa mère s'est réfugiée dans le désespoir et la thalasso, il n'y a plus personne. ça fait six mois qu'elle mange ses pâtes nues. nationalité et origines ▪ il n'y a pas plus local que les bloom. poppy, elle a son chardon dans le coeur. elle est aussi écossaise que la cornemuse et le whisky. et, à l'instar de la cornemuse et du whisky, elle n'est appréciée que des connaisseurs. occupation, diplôme(s) et situation financière ▪ poppy, elle a fait ce que les gens qui s'éprennent pour les études font. elle n'a jamais cessé d'étudier. elle a presque peur du monde réel, de la perspective d'aller se frotter les phalanges contre l'inconnu. alors elle s'est claquemurée dans les archives, dans les livres, dans les mots. amoureuse des langues, de son écosse natale, elle a un PhD de la prestigieuse université d'édinbourg en linguistique et littérature nationale. pour le moment, elle se consacre à la rédaction d'un livre sur la sémantique du gaélique dans les légendes (c'est habituellement à ce stade de la conversation que l'interlocuteur décroche). si elle peut se permettre ce job qui n'en est pas un, de vivre par passion, de vivre sur le papier, c'est grâce à la cossue fortune familiale, et l'épais héritage laissé par son père. état civil et orientation sexuelle ▪ elle aime les hommes, poppy. elle aime les pulls trop grands et les voix trop graves. elle aime les mâchoires acérées et les bras murailles. elle aime les hommes et il est bien là, le problème. parce que c'est faux, un homme, c'est mesquin, c'est changeant. le moindre chromosome xy qui a posé son empreinte sur elle, en vingt-sept ans d'existence, a été une déception. lui a laissé un goût amer d'échec sur le palais. célibataire papillonnante, désillusionnée, elle prétend accorder son coeur le temps d'une semaine, de trois rendez-vous, de quelques baisers et d'une averse, mais tôt ou tard, elle le reprend. ouvre un à un les doigts de son amant, fermés autour du myocarde, et s'en va sans regarder en arrière. parce qu'ils ne parviennent pas à faire battre l'organe. parce qu'ils ne sont pas lui. "i knew that if for whatever reason this didn’t work out with him, he would always be the one i compared everyone else to." situation familiale ▪ les bloom à fortingall, c'est une histoire qui dure. promène-toi au cimetière et tu verras des générations et des générations de pierres tombales. fastueuses, opulentes - toujours fleuries. il y a les deux dernières, celles qui font mal, les plaies ouvertes. 'agatha bloom, 1984-1997' - sa grande soeur, pour huit années seulement. sa grande soeur qui, à jamais, en aura treize. qui, pour toujours, aura le coeur trop petit, trop faible. et, juste à côté : 'robert bloom, 1952-2016'. perdre une fille et un mari a été dur pour les nerfs de madame bloom qui est allée trouver l'anonymat ailleurs. elle rentre occasionnellement à fortingall, le temps d'un week-end, mais ne parvient pas à y rester. le souvenir et les murmures la font plier. tout ce qu'il reste des bloom, c'est poppy. un fantôme dans sa propre maison. une silhouette bien trop fragile pour parvenir à remplir la demeure familiale, qui ose à peine déplacer les bibelots de peur de faillir à la mémoire. traits de caractère ▪ loyale, entêtée, battante, contemplative, audacieuse, souriante, érudite, tolérante, sensible, têtue, douce, excessive, optimiste, impulsive, arrogante, spontanée, observatrice, secrète, confiante, snob, tactile, n'a pas peur d'exprimer ses opinions, dépensière, mutine, solaire, craintive socialement, méfiante, analytique, généreuse, patiente, parfois instable. groupe ▪ spring avatar ▪ alicia vikander.

ii | drop of rhum on my tongue
Elle a horreur du mensonge, Poppy. Elle est tendre, compréhensive, tellement humaine – et si elle a l'absolution facile, c'est la seule offense qu'elle est incapable de pardonner. Il en est ainsi depuis l'enfance et, au fond d'elle, elle a toujours su que c'est cette facette d'elle-même qui l'a menée à la linguistique, l'étude poussée de tout ce que les lèvres humaines laissent échapper. Elle n'a jamais pris la peine de fouiller son passé pour en trouver l'origine. Peut-être qu'elle en veut secrètement aux siennes, de lèvres, d'avoir trop formulé "I'm fine" après la mort de sa sœur, de s'être fendues en un sourire rassurant durant des années – alors que, merde, d'avoir trop gardé les larmes à l'intérieur, elle se noyait. Peut-être que si elle avait arrêté les antiphrases, envoyé un bulldozer dans la façade, elle aurait guéri bien plus vite, bien plus durablement. Poppy, elle s'est gavée de mensonges jusqu'à en faire une indigestion. Demande-lui si elle va bien, aujourd'hui, et elle hochera la tête. Sourira. Haussera les épaules, l'air de trouver la question absurde. Et toi, tu n'y feras pas attention. T'y croiras. Tu ne remarqueras pas qu'elle n'a jamais verbalement répondu à cette question. Car Poppy, si elle ne peut pas dire la vérité, elle ne dira rien. Elle joue du piano. Avec délicatesse, mais sans passion – du moins, à l'origine. Ça n'a pas été un choix : la terre sous la tombe de sa sœur était encore meuble quand ses parents l'ont assise sur le tabouret devant le piano droit, dans la véranda. Parce qu'il fallait bien l'utiliser, pas vrai, ce n'était pas un petit décès de rien du tout qui allait remplir la maison de silence, qui allait suffire pour qu'Agatha disparaisse réellement, right Dad, right Mom? Métaphore de toute une vie : par obligation, par docilité, Poppy est allée s'asseoir dans l'empreinte du corps de sa sœur. Poppy Bloom. Ça sent les fleurs des champs et le printemps, les herbiers qu'on crée quand on est gosse et les flacons de parfums que les grands-mères offrent aux petites-filles. Peut-être que si ce n'était pas pour l'onomastique, Poppy ne se serait jamais éprise des plantes. Nul ne le saura jamais. Quoi qu'il en soit, elle s'en est fait un hobby, un besoin : elle avait quatorze ans lorsque, apprenant que son premier petit ami s'était lassé d'elle et était gaiement passé à autre chose sans avoir pris la peine de l'en informer, elle est allée se planquer dans la serre. Vieille structure branlante dans le fond du jardin, désaffectée depuis une génération. Elle voulait se soustraire au regard inquisiteur, étouffant de sa mère et laisser les larmes rouler en paix. Les larmes ne vinrent jamais, furent remplacées par l'inspiration. Les larmes ne vinrent jamais car, Poppy, la flotte, elle la réserve pour les occasions spéciales. Peut-être qu'elle avait besoin d'un projet, d'une occupation. De faire naître quelque chose, au lieu de tout voir mourir sous ses doigts. Elle a embarqué (de force) ses amies dans le grand réaménagement et, en moins d'un an, l'endroit était devenu fleuri, grandiose, son sanctuaire et leur Q.G. Encore actuellement, la tradition tient debout. Tous ses anniversaires depuis, sans exception, Poppy les a passés sous le toit de verre, en compagnie des trois amours de sa vie et d'un parterre de tulipes. Des Agathes, plus précisément. Du premier amour au dernier, les passions sont toutes parties en fumée, ne lui laissant rien d'autre que quelques braises sous la langue. De quatorze ans à vingt-six, elle s'est donnée à corps perdu, Poppy. Elle a ri aux éclats et a déversé tout son être dans chaque baiser, elle a laissé ses hanches dire les choses que les mots n'expriment pas. Elle y a cru, Poppy, chaque fois. Ou du moins, c'est ce qu'elle aime à se dire. Etant un individu logique, éduqué, observateur, elle serait supposée tirer des leçons de ses catastrophes. Et pourtant, ça recommence. Elle embarque pour un nouveau tour de grand roue, malgré le vertige, malgré l'expérience. Quand elle a trop bu, baignée de la lucidité que seule l'ébriété inspire, elle se dit que c'est sa propre faute. Qu'elle cherche l'échec. Car aller droit dans le mur, c'est sécurisant. Elle a peur de l'inconnu, elle craint le grand saut. Et quand on se dirige droit vers la fin, au moins, on sait où on va.   Elles en parlaient, allongées dans la serre, serrant entre leurs doigts les premières bières et les premiers rêves. Elles en parlaient, des endroits lointains qu'elles allaient visiter, des discours qu'elles allaient prononcer, des prix qu'elles allaient recevoir. Elles allaient faire claquer leurs langues et leurs talons dans les endroits les plus prestigieux du continent. Elles allaient conquérir le monde, toutes les quatre – mais il y a toujours bien eu une raison de ne pas se lancer, une attache, un obstacle. Poppy, son ancre, elle était double, elle était puissante, elle était parentale. Poppy, c'est l'enfant fantôme d'un couple qui a perdu l'aînée. Qui a tout rejeté sur la cadette, espoirs, affection, craintes. Elle ne peut même pas leur en vouloir d'avoir fait une projection d'une gamine à l'autre. Elle comprend, Poppy. Elle comprend que la souffrance de perdre un enfant, ça dépasse tout, c'est une douleur toute-puissante, monstrueuse, et que s'il a fallu qu'ils prétendent n'avoir jamais perdu Agathe pour ne pas se laisser ronger vivants par la peine, qu'il en soit ainsi. Glad she could help. Poppy, c'est le phare qui survit à la tempête. Que les vagues écaillent mais n'abattent pas. C'est le roseau qui plie mais ne rompt jamais. Elle n'a pas eu le choix. A la mort de sa sœur, elle a été la béquille qui a maintenu ses parents debout. Huit piges et déjà le monde sur les omoplates. Elle a pris son rôle à bras-le-corps : elle tient bon. Quoi qu'il arrive, elle tient bon. Sous l'apparence fébrile, elle a le courage félin, elle a la détermination acharnée. Elle affronte tous les drames avec recul, avec raison, 'this too shall pass' tatoué sous les paupières. Elle n'a jamais pleuré que pour deux évènements : le décès de sa sœur et celui de son père. Les cœurs brisés, les opportunités piétinées, les orteils cassés – rien de tout ça n'est suffisamment digne pour mériter une larme. Son ancre n'est plus. Papa est mort, Maman est partie. Elle rentre peu à Fortingall, reste chez une amie à Glasgow, passe son temps à la côte, en spa, en thérapie. En faisant le deuil de son mari, elle a fini par faire celui de sa fille. Son ancre n'est plus. Poppy, désormais, elle est légère. Libre, à presque trente ans, de suivre la voie qu'elle désire, de se laisser porter par le vent. Dans ces conditions, elle aurait dû sauter de joie lorsque l'University College de Dublin lui proposa un job d'assistante au sein de leur section gaélique. Elle aurait dû. La paie est plaisante, le statut prestigieux – il faudrait être folle pour refuser. Mais il est là, le problème. Peut-être qu'elle est folle, car cela fait deux semaines que l'offre est sur la table et qu'elle n'a pas encore été foutue de l'accepter. Commencer en février, quelques mois pour déraciner sa vie jusqu'en Irlande, ou s'emmurer ici ad vitam aeternam. Elle n'en a parlé à personne, pas même aux filles, car elle sait très bien ce qu'elles lui diront. Qu'elle n'a pas le droit de laisser passer une opportunité pareille, qu'elle ne se le pardonnerait jamais si elle reste. Et elle le sait, tout ça, putain, elle le sait - mais le chant des sirènes n'est pas suffisant pour faire taire le pouvoir des souvenirs. La voix de deux fantômes et le rire d'un espoir.  

the other side of a closed door:
 



_________________

she was a map of fragile fingers, 
of brittle bone. a page left open, a place you’d never known. her margins stained with ink, she read: 
“something beautiful happened here.”




Dernière édition par Poppy Bloom le Dim 18 Déc - 23:58, édité 28 fois
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Poppy Bloom
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MessageSujet: Re: auld lang syne.   Dim 18 Déc - 0:51


- nothing -
are you terrified, as i am, of nothing?
nothing scares me more than nothing.

"what's going on?" i ask, trembling.
don't you say it.
don't you dare.


i | grief is a house
where the chairs
have forgotten how to hold us
the mirrors how to reflect us
the walls how to contain us

grief is a house where no one can protect you
where the younger sister
will grow older than the older one
where the doors
no longer let you in
or out
- jandy nelson


"Il m'a appelé Agatha." Sa respiration était tempétueuse, difficile. Les rouages lourds qui se mettaient en marche pour empêcher à l'air de se transformer en larmes – si elles tendaient l'oreille, elles auraient pu l'entendre dans le sifflement de ses inspirations. Toute cette machinerie qui luttait contre le courant, qui avait empêché, depuis l'enterrement, à la peine de se distiller en pleurs. Elle ne pouvait pas se permettre le chagrin, Poppy. Il y en avait déjà trop à la maison. Il remplissait les pièces de la pourtant si grande demeure à en craquer, tellement condensé qu'il en était dangereux, qu'il menaçait de fendre les murs et faire éclater le cottage en même temps que la famille. "Il m'a appelé Agatha et je n'ai rien dit. Papa le fait déjà, alors pourquoi est-ce que je reprendrais un prof si mon père le fait de toute –" la voix vacilla, la force aussi. La tête entre les genoux, elle se plaqua les paumes contre les yeux, enfonça les coins de ses mains contre ses paupières jusqu'à voir blanc. Et ça n'aurait pas dû la mettre dans un état pareil, ça n'aurait pas dû, elle avait survécu tellement plus dévastateur que cela. Une misérable bourde de la part de son professeur. Ce n'était pas ça le problème, c'était la façon dont elle avait eu l'impression que le sol s'ouvrait sous elle, qu'elle chutait, chutait à toute vitesse sur sa petite chaise en bois. "C'est ça que je serais à tout jamais. La fille dont la sœur est morte. La fille dont la sœur est tombée, pendant la récréation, et ne s'est jamais relevée. C'est ce qu'ils ont tous pensé, ils croyaient que je n'entendais pas les chuchotements, mais - mais je peux pas me plaindre, j'en ai pas le droit, parce que -" Parce que je ne suis pas elle. Parce que je suis en vie. L'inspiration fut graveleuse, rencontra un sanglot à mi-chemin. En un instant, elles étaient toutes autour d'elle, elles avaient érigé les fortifications. Leo avait ses bras autour de la cage thoracique chancelante de Poppy, Jo posa son menton sur son épaule, tandis que Rosie lui caressait le bras. Quatre gamines et un fantôme, assises sur le talus herbeux. Quatre gosses minuscules à qui les adultes avaient réussi à faire croire qu'il n'y a que les émotions des grands qui sont importantes. Quatre fillettes qui prenaient de l'altitude du haut de leur talus/château fort, car si elles étaient grandes, elles aussi, alors ça devait signifier qu'elles avaient le droit d'avoir mal. Pas vrai ?


ii | this is the youngest we're ever gonna be

les cent choses à faire avant d'avoir trente ans
25. Adopter un chaton abandonné
26. Faire un road-trip à travers le pays
27. Courir un marathon
(T'es pas sérieuse ? Un marathon ? Tu m'as bien regardée ?)
(La ferme et écris-le. T'as bien choisi 'adopter un chaton abandonné'.)

28. Apprendre à jouer aux échecs
29. Retrouver Mrs Timpleton, la prof de maternelle, et lui offrir un sticky toffee pudding
30. Apprendre à cuisiner un sticky toffee pudding
31. Pardonner à Todd, Louis, Kingsley et tous les connards dans leur genre
32. Trouver le grand amour
(Quoi ?)
(…)
(Parce que vous croyez que ça va nous tomber dessus sans effort ? En claquant des doigts ? Moi je dis : on le met sur la liste comme ça, au moins, on est sûres que ça arrivera. C'est scientifique.)

33. Mettre des fleurs sur toutes les tombes oubliées du cimetière
34. Passer Noël à Londres
35. Aller à une conférence de linguistique avec Poppy sans broncher
(Pops !)
(Trop tard. C'est sur la liste. HA-fucking-HA.)



iii | one of the first rules of working in a kitchen is
you never try to catch a falling knife.
but lord, if we didn’t try anyhow.
lord, if we aren’t a family of good intentions
and cut-off hands.
- brenna twohy


Douze cartons et un diplôme. Le grand homecoming avait le même goût sucré que l'été dans lequel l'Ecosse venait tout juste de mettre les pieds. Les oiseaux chantaient si fort qu'elle en entendait les mélodies jusque dans ses veines, ou peut-être était-ce simplement l'allégresse qui montait le volume du monde. En quittant sa petite Ford cabossée, elle avait claqué la portière, annonçant son arrivée à tout le voisinage. Bien sûr, puisque la BBC Scotland hurlait dans la maison, personne ne vint à sa rencontre, car personne n'avait entendu. C'était le début de quelque chose de neuf, de frais, d'excitant. Elle avait le monde à ses pieds, Poppy, et retourner chez ses parents, rentrer s'enfoncer dans les habitudes, l'odeur de cannelle et de cire à bois de son enfance, retrouver le vacarme de la BBC ne semblait pas régressif. N'avait rien d'un pas en arrière. C'était la piste de décollage pour le reste de sa vie. "Halò Ma'" Le sac de Poppy alla atterrir sur le comptoir de la cuisine tandis qu'elle déposait un baiser sur le front de sa mère. Elle lui semblait si petite sa génitrice, si fragile, maintenant que Poppy avait la certitude d'être devenue adulte, de faire partie du club qu'elle avait longtemps envié, de loin. Quelle naïveté. "Boban est là ?" Famille si ancienne, aux traditions si poussiéreuses et bibelots si nombreux que le gaélique faisait partie du quotidien. Que la plus jeune avait décidé de faire une carrière du vieux. Sa mère désigna le jardin de l'index, tandis qu'elle retournait à la préparation de son gratin et Poppy s'élança à l'extérieur, sourire et robe bain de soleil lui collant tous deux à la peau.  

"Boban, je suis de-" Ses sandales s'arrêtèrent au seuil de la serre et elle pria que la façon dont sa mâchoire s'était serrée ne soit pas audible. Lui. Elle savait partager, Poppy. Une grande sœur remplacée par trois meilleures amies, cela signifiait ne pouvoir clamer aucune possession comme étant entièrement sienne. Mais ça – la vision de Lui, une après-midi estivale, sirotant une limonade avec son père, dans sa serre à elle, qu'elle avait aménagée, reconstruite, entretenue et chérie… Son cœur rata un battement. "Je suis de retour," énonça-t-elle, gaité feinte dans la voix, en s'élançant vers son père, assis sur l'une des chaises qui bordait la table de jardin qu'elle avait installé là. Son regard eut la fierté de ne jamais croiser celui de Cobalt, de ne pas même aller se frotter à sa présence en général –  vu la taille imposante du spécimen et celle, limitée, de la serre, ça tenait de l'exploit. "Je me disais qu'on pourrait aller manger un bout tous les trois ce soir, pour fêter mon diplôme ?" Elle se tenait debout, faisant face à son père, ostentatoirement tournant le dos à Cobalt. Elle savait qu'il avait toujours voulu un fils. Qu'il avait passé sa vie à souhaiter transmettre son savoir. Elle comprenait qu'avec l'unique progéniture étant partie étudier à Edimbourg, la maison résonnait sous le joug du silence. Qu'il avait besoin de quelqu'un sur qui reporter ses espoirs, car l'absence ne faisait que lui renvoyer au visage le départ de son autre fille, son aînée, elle le comprenait tout ça. Mais c'était sa serre, c'était sa journée, c'était son père, et bien qu'elle ne s'était pas connue de fibre possessive jusque là, Poppy allongea le bras jusqu'au verre de limonade qui trônait devant son paternel, et s'octroya une longue gorgée. Elle le reposa sur le fer blanc dans un claquement sec. "Toi, moi et maman, s'entend." Elle crut entendre un ricanement dans son dos. Ou était-ce seulement les charnières de la porte qui grinçaient ? Dans un excès de mesquinerie, elle fit un pas sur le côté visant à bloquer tout contact visuel entre Cobalt et son père. Karma's a bitch : dans la manœuvre, le genou de Poppy rencontra le dos de la main de l'intrus. Elle avait beau être une femme du monde, avoir connu sa juste part de peaux masculines et n'avoir rien de facilement étourdissable, elle bondit sur le côté, comme brûlée. Et ce soir là, au restaurant, grignotant sa salade en racontant à ses parents les anecdotes les plus surréalistes de son déménagement, sous le coton de sa jupe, elle aurait pu jurer que son genou était en feu.


iv | When I'm with him,
there is someone with me
in my house of grief,
someone who knows
its architecture as I do,
who can walk with me,
from room to sorrowful room,
making the whole rambling structure
of wind and emptiness
not quite as scary, as lonely
as it was before.
- jandy nelson


Et qu'est-ce qu'elle avait été idiote, Poppy. Elle avait cru que cela ne pouvait pas être vrai, pas vraiment, pas tout à fait. Pas définitif. Elle avait cru qu'elle n'avait rien à craindre car elle l'avait déjà vécu, la tragédie. Elle l'avait connu, le deuil. Ils l'avaient surmontés, tous ensemble, presque vingt ans auparavant. They were done with it. Ils avaient barrés ça de la liste des possibles – car c'était déjà arrivé. Mais la mort était revenue, avait recueilli Rob Bloom entre ses bras, comme c'était prévu, à la fois en avance et pile à l'heure. La mort d'un père n'avait pas été que la mort d'un père, elle avait réouvert la plaie que Poppy avait naïvement cru cicatrisée. Son père était mort et recommençait à mourir chaque seconde depuis, à chaque inspiration qu'elle tentait de faire passer jusqu'à ses poumons. Son père était mort et, avec lui, c'était sa sœur qui mourait à nouveau.

Poppy, elle avait une sainte horreur des euphémismes. Déformation professionnelle. Alors, quand vint le moment qu'elle se lève et avance au devant de la foule pour réciter son éloge funèbre, elle n'édulcora rien. Son père était mort, et non pas disparu. Non pas parti vers un endroit meilleur. Juste mort. Bientôt enterré. Elle aurait voulu trouver les mots justes, rendre hommage à tous les succès et pardonner tous les revers. Elle aurait voulu. Mais il n'y avait plus que le désespoir pour parler en elle, pris de court, tétanisé. Le désespoir est mauvais orateur et les mots furent pâle, fades, certainement pas à la hauteur de vingt-sept ans de tendresse. Lorsqu'en rejoignant son siège, elle croisa le regard de sa mère – vide, dévasté, mort lui aussi - elle chancela. En une seconde, Basil était à ses côtés, glissa une main dans son dos pour l'empêcher de vaciller. Comme il l'avait été depuis l'annonce du cancer. Et Poppy, elle n'avait plus la force de porter la famille à bout de bras. Alors elle se laissa supporter, guider, et il y avait quelque chose d'intensément libérateur dans le fait de laisser quelqu'un d'autre être la béquille, le garde-fou. Cette nuit-là, se retournant dans les draps froids, les membres parcourus de spasmes, luttant contre le sommeil qui avait un arrière-goût mortuaire, elle se demanda si ça avait fait partie du plan. S'il avait tout prévu, son père. S'il avait soupçonné la fin plus proche qu'ils ne l'avaient tous pensé. Si le dernier acte paternel qu'il avait accompli était offrir une présence protectrice à la famille, une épaule pour sa fille, dont les clavicules trop chargées avaient bien fini par se briser. Rejetant les draps, elle se leva. Descendit les marches pieds-nus et alla s'installer au bureau, dans le coin sud du salon. Pendant des heures, elle mit stylo contre papier. Et si, à plusieurs reprises, elle ne distinguait plus les mots entre les larmes, elle continua. Rédigea à tous ceux qu'elle aimait, un à un, un éloge funèbre. Ce fut ainsi que Basil la trouva, au petit matin. Le regard fiévreux, les lèvres tremblantes. Un petit paquet d'enveloppes posé proprement devant elle. Toutes estampillés d'un nom. Jo, Rosie, Maman, Leo, Basil... Car peut-être que le chagrin ne pouvait plus l'atteindre si elle y était préparée. Peut-être.
Elle serait prête, la prochaine fois. Third time's a charm.



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Dernière édition par Poppy Bloom le Lun 19 Déc - 7:52, édité 13 fois
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MessageSujet: Re: auld lang syne.   Dim 18 Déc - 1:18

Alicia!
Bienvenue et bon courage pour ta fiche.
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MessageSujet: Re: auld lang syne.   Dim 18 Déc - 1:34

Bienvenue sur ATOM, t'as pris le meilleur sécnario, sérieux. Faudra se trouver un super lien, en tant que best friend de Basil.

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MessageSujet: Re: auld lang syne.   Dim 18 Déc - 1:48

laoise, merci beaucoup - quelle bombe de pseudo

adrian, j'trouve aussi avec plaisir pour le super lien, je suis là, je bouge pas, on refuse rien à jamie (puis si tu me soudoies avec de la bière aussi   )

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Basil Cobalt
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MessageSujet: Re: auld lang syne.   Dim 18 Déc - 2:02

Ok mais ce début.
Bienvenue, t'es parfaite et tout, ily.

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MessageSujet: Re: auld lang syne.   Dim 18 Déc - 7:38

Le choix de scénario, le début de ta fiche, le pseudo, l'avatar, c'est tout trop parfait
Bienvenue
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MessageSujet: Re: auld lang syne.   Dim 18 Déc - 11:47

basil, si ça te convient, je suis aux anges

bianca, y a de bons gènes, chez les cobalt merci beaucoup, c'est adorable

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MessageSujet: Re: auld lang syne.   Dim 18 Déc - 15:55

bienvenue et bonne chance pour ta fiche
que de supers choix aussi nous faudra un petit lien
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Poppy Bloom
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MessageSujet: Re: auld lang syne.   Dim 18 Déc - 22:54

merci toi, je te mpotte bientôt, qu'on complote

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MessageSujet: Re: auld lang syne.   Dim 18 Déc - 23:00

mais cette plume
trop hâte de rp avec vous aussi
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Basil Cobalt
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MessageSujet: Re: auld lang syne.   Lun 19 Déc - 1:39

J'avais pas pensé à cette approche mais finalement c'est parfaitement sensé et encore pire (mais en bien). Et le passage avec les lettres. J'ai adoré l'idée de la bucket list aussi. Bref, tu sais ce que j'en pense.
Je file valider ça pour qu'on puisse jouer ce lien.

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MessageSujet: Re: auld lang syne.   Lun 19 Déc - 7:41

jo, tu vas me faire rougir

basil, merci beaucoup, je suis heureuse que ça te convienne

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auld lang syne.
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